Après avoir révélé son orientation sexuelle, la victime affirme avoir été victime de violences psychologiques et physiques.
Des parents ont été condamnés vendredi 4 octobre par le tribunal d’Amiens (Somme) à huit et dix mois de prison avec sursis probatoire pour violences et insultes homophobes sur leur fils, comme l’a rapporté France Bleu Picardie. Lorsque le père de 42 ans et la mère de 44 ans ont découvert que Lucas, leur fils, était homosexuel, les insultes et les violences ont commencé au sein de la famille, à Harbonnières.
Le 10 avril, les enquêteurs ont été alertés par l’assistante sociale du lycée. La victime a expliqué subir des violences psychologiques et physiques depuis qu’il a fait son coming out. À la maison, il a également été confronté à des propos homophobes tels que : « C’est ce qui va lui arriver à ce pédé », en référence au VIH, ou encore : « Il est encore au téléphone avec sa tarlouze ».
La mère a admis lors du procès que « l’ambiance familiale était compliquée. Ce n’est pas l’homosexualité en soi qui était un sujet, même si c’est vrai que quand vous l’apprenez, on tombe de sa chaise, c’est plus le maquillage, les artifices autour ». Lucas se maquille, porte des boucles d’oreilles. « On a essayé de lui expliquer les règles à la maison, sur le maquillage », se rappelle la mère. Mais lui voulait se mettre en avant. « À 17 ans, il est dans une phase d’affirmation de lui-même, vous ne croyez pas ? », lui a répondu la présidente du tribunal.
Son père ne sait pas expliquer ses propos. Mais dans un SMS envoyé à son fils lorsqu’il lui a annoncé son homosexualité, il a écrit : « C’est ce que je redoutais de pire dans la vie, j’ai honte de moi, je ne sais pas ce que j’ai fait pour que tu sois gay. » À la barre, il a finalement lâché : « J’ai eu un garçon, c’est pour avoir un garçon, pas une fille. »
Concernant les violences physiques, le père affirme que « cela n’a rien à voir avec l’homosexualité », mais parce que Lucas s’était disputé avec sa mère. La procureure a interrogé : « Est-ce que vous pensez que c’est facile, pour un adolescent dans cette société, de découvrir son homosexualité ? Encore plus dans une famille qui passe son temps à le dénigrer ? Est-ce que vous pouvez comprendre que Lucas traverse quelque chose de difficile ? » Les parents ont répondu « Oui ». « Peut-être que plus que passer votre temps à le traiter de PD, de tafiole, de tarlouze, vous auriez pu lui parler ? »
Lucas a expliqué que « le côté féminin peut déranger : je me maquillais en partant, je me démaquillais avant de rentrer. Mon côté arrogant, c’était un moyen de défense, cela a été très compliqué mentalement. Je continue à avoir un suivi psychologique. » Depuis, le fils a quitté la maison et coupé les ponts avec ses parents.
« L’appréciation de l’homosexualité au cours du temps, c’est quelque chose de fluctuant », estime Me David Dalmaz, avocat de la défense, « On n’est pas dans le Marais, il y a une grande différence entre Harbonnières, Ham, Chaulnes, et la rue de Bretagne. L’homosexualité, c’est encore quelque chose de tabou, de hors norme. » Le tribunal a finalement condamné le couple à huit et dix mois de prison avec sursis probatoire, avec obligation de suivre des soins et de verser 1 500 euros de dommages et intérêts à Lucas.




