On constate une généralisation croissante de l’utilisation de digicodes, portails et barrières pour sécuriser les logements à Marseille. Cette pratique s’étend désormais à tous les quartiers, y compris les quartiers nord.
La privatisation de l’espace public à Marseille
À Marseille, on observe une tendance croissante à la fermeture de quartiers. En effet, un tiers des logements de la ville se trouvent désormais dans des résidences et des lotissements fermés, équipés de digicodes, de portails et de barrières. Cette privatisation de l’espace a débuté dans les années 90, principalement dans les quartiers sud les plus aisés, pour s’étendre progressivement à tous les secteurs de la ville, y compris les quartiers nord, entraînant ainsi une fragmentation de la ville.
Dans le 10e arrondissement de Marseille, dans le quartier du Coin-Joli, près du stade Vélodrome, des grilles et des panneaux « entrée interdite » bloquent les allées d’un lotissement privé. Ces fermetures, qui ne peuvent être ouvertes que par les résidents, ont été critiquées par certains habitants, comme Pierre Linossier, en raison de l’accès à une école primaire située à l’intérieur du lotissement. Certains enfants doivent désormais faire un détour important pour s’y rendre, augmentant ainsi leur temps de trajet.
La recherche de tranquillité et de sécurité
Dans d’autres quartiers comme celui de la Castellane, au nord de la ville, les habitants des lotissements cherchent également à se protéger en envisageant la fermeture de leur résidence. Certains évoquent des problèmes liés au stationnement anarchique ou à la présence de jeunes utilisant des substances illicites à proximité de leur domicile. Pour eux, la fermeture des accès est une forme de protection légitime.
Élisabeth Dorier, géographe spécialisée dans l’étude de l’urbanisme à Marseille, souligne que cette tendance à la fermeture des quartiers résidentiels ne cesse de croître depuis quinze ans. Cette privatisation de l’espace public crée des enclaves où la mixité sociale est de plus en plus rare, séparant les habitants par des barrières physiques.
Les enjeux des ensembles résidentiels fermés
Les promoteurs immobiliers misent désormais sur la construction de lotissements fermés pour attirer les classes moyennes supérieures dans des quartiers traditionnellement populaires. Cette privatisation de la vue, de l’accès à la nature environnante et des espaces de stationnement contribue à accentuer les inégalités sociales et spatiales au sein de la ville de Marseille.
En conclusion, la multiplication des ensembles résidentiels fermés à Marseille pose des questions importantes en termes d’aménagement urbain, de mixité sociale et d’accès à l’espace public. Il est essentiel de trouver un équilibre entre la protection des habitants et la préservation du lien social et de la diversité urbaine dans la cité phocéenne.




