Duralex, Bergère de France, La Meusienne… Diverses entreprises en difficulté ont récemment trouvé une nouvelle vie en se transformant en coopératives détenues et gérées par les salariés. Malgré leur succès, les Scop demeurent des cas particuliers qui ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble des 4,5 millions d’entreprises françaises.
Dans le département de la Meuse, plusieurs entreprises font face à des plans sociaux et des suppressions d’emplois, telles que le site Bonduelle de Saint-Mihiel, la papeterie de Stenay et le supermarché Auchan de Bar-Le-Duc. Cependant, au milieu de cette situation difficile, deux bonnes nouvelles ont émergé avec la reprise de deux entreprises en difficulté par leurs salariés sous forme de Scop.
La première entreprise sauvée est La Meusienne, spécialisée dans la fabrication de tubes en acier inoxydable, rachetée par 41 salariés à Ancerville. À Bar-le-Duc, 57 salariés ont repris la fabrique de laine Bergère de France, une entreprise historique du département. Cette reprise a permis de maintenir des emplois locaux et de redonner espoir aux salariés et à la communauté.
Les salariés des Scop détiennent une majorité du capital social et des droits de vote, ce qui leur permet de participer activement aux décisions de l’entreprise. Chez Bergère de France, les salariés sont tous associés et disposent d’une voix égale, indépendamment de leur statut ou de leur investissement en capital. Cette forme d’organisation favorise l’implication de chacun et permet une gestion plus démocratique de l’entreprise.
Duralex, une autre entreprise emblématique, a également été reprise par ses 228 salariés sous forme de Scop, devenant ainsi un symbole de réussite pour ce modèle économique. Cette reprise a été saluée comme un motif d’espoir pour les entreprises en difficulté et a suscité un bel élan de solidarité de la part de la population et des politiques.
En France, les Scop affichent un taux de pérennité plus élevé que celui des entreprises classiques, grâce à leur engagement collectif et à leur gestion à long terme. Contrairement aux entreprises traditionnelles, les Scop ont tendance à préserver les emplois et à maintenir des salaires stables en période de récession, ce qui en fait un modèle alternatif de gestion d’entreprise plus solidaire et durable. Selon un auteur d’une thèse sur les Scop interrogé par Alternatives économiques, la gouvernance démocratique de ces entreprises permet une plus grande implication des travailleurs et une plus grande productivité. Cependant, les Scop restent marginales parmi les 4,5 millions d’entreprises en France, représentant moins de 1% du total. En 2023, seules 8% des nouvelles entreprises de ce type étaient des reprises d’entreprises en difficulté, selon la Confédération générale des Scop.
Les Scop sont souvent médiatisées car elles incarnent un modèle social particulier, mais leur rareté explique en partie cette médiatisation. Les obstacles pour les entreprises conventionnelles à se transformer en Scop sont divers, notamment le besoin d’un capital financier de départ et des salariés prêts à s’investir pleinement. Selon Anne-Catherine Wagner, il faut des salariés capables de devenir des gestionnaires et de former un collectif. De plus, la formule Scop manque encore de notoriété dans le monde de l’entreprise.
Fatima Bellaredj de la Confédération générale des Scop souligne également la contrainte financière comme un obstacle majeur. En cas de liquidation judiciaire, une entreprise n’a que quelques mois pour se transformer en Scop, ce qui est un délai très court pour étudier le marché, rassembler des salariés motivés et trouver des financements. La Confédération accompagne une vingtaine de dossiers chaque année, un chiffre limité pour garantir le bon développement des Scop, mais elle ambitionne d’en accompagner cent dans les dix prochaines années.



