Certains économistes suggèrent de réorganiser la répartition des allègements de cotisations afin de faciliter l’augmentation des salaires des employés les moins bien rémunérés.
Une proposition pour lutter contre la « désmicardisation » de la société française
Antoine Bozio et Etienne Wasmer, économistes missionnés en novembre par le précédent gouvernement, ont enfin bouclé leur rapport très attendu sur la « désmicardisation ». Ce terme complexe fait référence à la tendance où des salariés rémunérés au SMIC « rattrapent », grâce aux revalorisations successives du salaire minimum, une partie des bas salaires qui étaient légèrement au-dessus de ce seuil.
Pour contrer ce phénomène, les deux experts proposent de mettre fin à la dynamique d’exonérations constantes sur les bas salaires. Dans la version finale de leurs travaux, remise au gouvernement le 3 octobre, ils suggèrent de répartir différemment les allègements de cotisations, actuellement concentrés essentiellement au niveau du SMIC.
Selon leur scénario central, les cotisations payées par les employeurs seraient augmentées pour les salaires compris entre 1 et 1,2 SMIC, allégées entre 1,2 et 1,9 SMIC, puis de nouveau augmentées entre 1,9 et 3,5 SMIC. Les allègements s’arrêteraient alors à 2,5 SMIC, au lieu de 3,5 SMIC actuellement.
La France à la traîne dans l’OCDE
En raison d’un système d’exonérations mis en place progressivement en France ces dernières décennies, le taux de cotisations sur un SMIC est désormais de seulement 6,9%, contre 45% en 1993, plaçant ainsi la France en bas du classement de l’OCDE. De plus, le nombre de salariés payés au SMIC a considérablement augmenté, représentant 17,3% des salariés au 1er janvier 2023.
Dans certains cas, le système actuel ne pousse pas les salariés à demander une augmentation, car ils risquent de perdre tout ou partie de leur prime d’activité (versée sous conditions de ressources). Par exemple, pour une personne seule sans enfant touchant le SMIC, l’augmentation du coût du travail nécessaire pour augmenter son revenu disponible de 100 euros par mois est de 483 euros, dont 78 euros sont dus à la variation de la prime d’activité, selon le rapport.
Avec le scénario central proposé par les économistes, le coût pour augmenter les salariés diminuerait significativement, d’environ 10%. Ainsi, pour une personne seule sans enfant touchant le SMIC, une augmentation de 100 euros ne coûterait plus que 430 euros, au lieu de 483 euros.




