Miguel Bonnefoy nous livre un roman captivant, empreint d’une narration épique qui nous transporte. Ce livre est un véritable feu d’artifice littéraire, un véritable bijou.
Récit captivant d’un roman flamboyant
Le Rêve du jaguar, qui sera disponible le 21 août chez Rivages, est bien plus qu’un simple résumé, c’est une lecture captivante, à dévorer avec délectation. Le dernier ouvrage de Miguel Bonnefoy est incontestablement l’un des événements marquants de cette rentrée littéraire. Son récit est porté par une profusion maîtrisée et une dimension épique. Une épopée dans le pays de la « Petite Venise », le Venezuela, plus précisément à Maracaibo. Une saga familiale intimement liée à l’histoire du pays. Ce roman oscille entre conte et réalisme magique.
Tout commence sur les marches d’une église. Une mendiante muette recueille un nouveau-né abandonné trois jours après sa naissance. Pour elle, il s’agit simplement d’un moyen d’attendrir les passants et de récolter quelques pièces. Pourtant, une tendre relation naît entre eux.
Cet enfant, Antonio, élevé dans la pauvreté, exercera divers métiers (notamment celui d’homme à tout faire dans une maison close) avant de devenir l’un des plus grands chirurgiens de son pays. Un destin extraordinaire. « Les paysans de Maracaibo disent que, dans toute portée de chats, il y a un jaguar. La mère, prudente, l’éloigne des autres. Elle le chasse. Dès lors, il grandit autrement. Il s’émancipe différemment. Ce sont les bâtisseurs de cette ville. On grandit tous avec un mythe. On est tous fils d’un rêve de jaguar ».
Les légendes familiales comme source d’inspiration
Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des grands-parents exceptionnels, des légendes à l’origine de tant de progrès sociaux et économiques. « Dans mon enfance, ce mythe avait un nom : Antonio Borjas Romero. J’ai toujours entendu le récit du destin de mon grand-père, orphelin des rues, gavroche et rufian, enfant de la misère et de l’ignorance, qui devint cardiologue et fondateur de la première université de Maracaibo, sauvant ainsi à la fois le cœur des hommes et celui de la connaissance », confie Miguel Bonnefoy. La rencontre entre Antonio et Ana Maria est de celles qui marquent des destinées, à la fois personnelles et collectives. L’auteur du Voyage d’Octavio, grâce à son écriture poétique nourrie de vies extraordinaires, dresse des tableaux saisissants. L’amour entre le futur chirurgien et la première femme médecin du pays, qui se battra pour le droit à l’avortement malgré des lois répressives, ne laisse personne indifférent.
Ana Maria est une combattante, avec des convictions profondes. Une féministe intraitable. Miguel Bonnefoy puise son inspiration dans la légende familiale. « Ce mythe familial portait aussi un autre nom : Ana Maria Rodriguez. Fille de la pauvreté et du hasard, fille qu’on a tenté d’assassiner à sa naissance. Cette grand-mère que j’ai connue déjà vieille femme (…) avait été la première femme médecin de l’État de Zulia, à l’ouest du Venezuela, dont la renommée avait laissé une trace immortelle dans la région ». Antonio et Ana Maria sont des héros, au sens le plus noble du terme, qui transforment le quotidien en source de miracles.
Le Rêve du jaguar est également l’histoire d’autres personnages tout aussi attachants et originaux les uns que les autres. Le panel des personnages, en particulier le père fantasque et captivant, la prostituée aux longs cheveux roux, la domestique, la descendante rêvant de Paris, apporte une profondeur inégalée à ce roman. On a l’impression d’avoir parcouru une épopée de mille pages plutôt que de trois cents. Et même une fois le livre refermé, ces personnages continuent de vivre en nous. Le Rêve du jaguar, un roman éblouissant.
« Le Rêve du jaguar », Miguel Bonnefoy, éditions Rivages-Payot, 21,90 euros




