Le ministre des Outre-mer vient de conclure une visite de quatre jours en Martinique dans le but de trouver des solutions au mouvement de protestation contre la cherté de la vie qui a débuté en septembre. Un « protocole d’objectifs et de moyens contre la vie chère » est prévu pour être mis en place dès le 1er janvier 2025, cependant sa mise en application suscite des interrogations.
Un déplacement pour apaiser les tensions. Au cours de la visite de quatre jours du ministre des Outre-mer, François-Noël Buffet, les habitants de la Martinique ont été marqués par une annonce majeure : une réduction de 20% à partir du 1er janvier sur plus de 6 000 produits les plus consommés sur l’île. Ce dispositif implique l’exonération de la TVA et de l’octroi de mer sur ces produits spécifiques, ainsi que la prise en charge des frais de port et de douane, également appelés les « frais d’approche ». L’État s’engage à débloquer six millions d’euros pour ce programme.
Selon le ministre des Outre-mer, ce dispositif expérimental, qui durera jusqu’en 2027, aura un impact concret sur ce panier de produits. Pour ceux qui redoutent une augmentation immédiate des prix sur les autres produits, avec des marges réalisées par les grands distributeurs locaux, François-Noël Buffet assure qu’un renforcement des contrôles sera mis en place. Il affirme : « Il existe des systèmes de contrôle et des organismes qui nous permettront d’effectuer ces vérifications. Ils ont déjà commencé à analyser les prix actuels pour éviter toute inflation. Des bureaux d’études ont été sollicités, des rapports seront rédigés afin de mettre en place un système durable. »
### Une question de transparence alimentaire insuffisante
Les quatre principaux groupes familiaux (GBH, CréO, le groupe Parfait et SAFO) qui détiennent 80% du marché de la distribution alimentaire en Martinique sont accusés de manquer de transparence. Francette Florimond, qui étudie l’économie de l’île depuis des décennies, constate que malgré la loi, ces groupes ne communiquent pas leurs comptes. Elle souligne le manque de moyens de l’État pour assurer un contrôle efficace, et met en doute l’efficacité des contrôles actuels. A tel point que la collectivité locale a décidé de financer des contrôleurs pour soutenir l’action de l’État. Les observatoires des marges, des prix et des revenus disposent d’un budget annuel de seulement 15 000 euros, une somme jugée insuffisante par les parties prenantes.
Eddie Marajo, un autre expert de l’économie en Martinique, ne croit pas en un gel des marges opéré par la grande distribution locale. Pour lui, la question alimentaire n’est que la partie visible de l’iceberg. Selon lui, les véritables acteurs de la vie chère ne sont pas forcément ceux mis en avant lors de la visite ministérielle. Il déplore le manque de consultation des acteurs clés de l’économie, mettant en lumière le fait que la distribution alimentaire ne représente que 15% du budget des ménages. Il appelle à une prise de conscience collective.
Cette frustration a été illustrée par l’interpellation du leader du mouvement contre la vie chère, qui cherchait à rencontrer le ministre. Son arrestation a provoqué de nouveaux affrontements, blessant trois gendarmes mobiles.




