De plus en plus de résidents de la Martinique se dirigent vers la production locale pour faire face aux coûts élevés et au manque de concurrence sur l’île. Cette tendance s’explique par le désir de réduire la dépendance aux importations et de soutenir l’économie locale. Cependant, le chemin vers une production locale autonome est semé d’embûches, car l’île est fortement dépendante des importations pour de nombreux produits de base. Ce changement de mentalité et de pratique nécessite donc un effort collectif pour encourager le développement d’une économie plus durable et résiliente en Martinique.
Des courses minimalistes et un geste fort contre la vie chère en Martinique
Béatrice et son fils, sortis du Carrefour de Dillon à Fort-de-France, transportent deux briques de lait, un paquet de sucre et quelques fruits jusqu’à leur voiture. Évitant les grands distributeurs, la quadragénaire ne fait que des achats de première nécessité, se contentant désormais des légumes de son jardin et des échanges avec sa famille. Pour elle, boycotter les grandes surfaces est sa manière de manifester son mécontentement. En effet, depuis la fin de l’été, le parking de cette grande surface est devenu un point de ralliement pour les manifestants contre la vie chère en Martinique.
Un combat pour l’alignement des prix sur ceux de l’hexagone
Sous l’impulsion du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC), les rassemblements et les blocages de supermarchés se multiplient en Martinique. Les manifestants réclament l’alignement des prix sur ceux pratiqués en France métropolitaine. En effet, les denrées alimentaires sont en moyenne 40% plus chères en Martinique, selon l’Insee, et l’institut observe une inflation plus élevée que sur le territoire national, impactant le budget des Martiniquais.
La mainmise des grandes familles sur les réseaux de distribution
Selon Aude Goussard, secrétaire et membre fondatrice du RPPRAC, la Martinique est dans une situation oligopolistique où quelques grandes familles contrôlent l’ensemble du réseau de distribution, héritage de l’époque coloniale. Parmi elles, la famille Hayot, propriétaire des enseignes Carrefour sur l’île, est particulièrement visée par les critiques des manifestants.
Une concentration critiquée
Florence, militante du RPPRAC, dénonce le monopole du Groupe Bernard Hayot (GBH) en Martinique, pointant du doigt les différentes enseignes appartenant au groupe. Le rachat d’un Géant-Casino par le GBH en 2018 a renforcé la colère des manifestants. Malgré l’autorisation de l’opération par l’Autorité de la concurrence, les critiques persistent sur le manque de concurrence dans l’île.
La montée en puissance d’une consommation locale
Face à la hausse des prix et à la mainmise des grandes surfaces, de plus en plus de Martiniquais se tournent vers les produits locaux et les marchés pour s’approvisionner. Des initiatives comme l’application Mada’Cop, lancée par le RPPRAC pour recenser les commerces locaux, encouragent cette démarche. Les producteurs et vendeurs locaux saluent cette tendance à privilégier les produits du terroir.
Le défi de la production locale
Malgré ces initiatives, la production locale en Martinique reste faible, avec seulement 17% de la viande consommée produite localement en 2019. La dépendance aux importations, notamment pour les boissons non alcoolisées, souligne la nécessité de revoir en profondeur le système de production de l’île. Le RPPRAC dénonce un héritage colonial qui a favorisé l’importation au détriment de la production locale.




