Ed Pierson, un cadre supérieur chez Boeing, avait remarqué à plusieurs reprises des problèmes dans l’usine de fabrication des deux avions 737 Max qui ont été impliqués dans les crashs de 2018 et 2019. Malgré ses alertes, il n’a pas été pris au sérieux. Il a récemment partagé son témoignage dans l’émission « Envoyé spécial ».
La remise en cause de la fiabilité de Boeing
Depuis deux crashs à quelques mois d’intervalle qui ont fait 346 morts, Boeing a perdu sa réputation de fiabilité. Les deux accidents impliquaient le 737 Max, un avion conçu rapidement pour rivaliser avec Airbus. Un ancien cadre de Boeing, Ed Pierson, témoigne des problèmes rencontrés lors de sa fabrication.
Ed Pierson, après avoir travaillé dix ans chez Boeing, est désormais à la retraite et se consacre à enquêter sur les problèmes de sécurité de son ancien employeur. Il qualifie cette mission d’obsession qui le hante jour et nuit depuis cinq ans.
Dans la banlieue de Seattle, Ed Pierson emmène l’équipe d' »Envoyé spécial » devant les ateliers où les deux avions impliqués dans les crashs ont été assemblés. Il dénonce des problèmes graves dès 2017, tels que l’augmentation du nombre de sous-traitants pour réduire les coûts et l’accélération des cadences de production pouvant atteindre 52 avions par mois.
Ed Pierson rapporte que les ouvriers travaillaient de longues heures, plus de 50 heures par semaine, y compris les week-ends, ce qui a entraîné une augmentation des anomalies. En juin 2018, il alerte le directeur général de l’usine sur les pannes et les violations des procédures de sécurité, allant jusqu’à dire qu’il faut fermer l’usine. Cependant, le directeur refuse.
Quelques semaines plus tard, Ed Pierson quitte l’entreprise lors d’un plan de départ. Il avoue avoir eu des insomnies depuis, se demandant s’il aurait pu faire plus pour éviter les accidents.
Les enquêtes ont révélé que les crashs étaient dus au logiciel MCAS chargé de stabiliser l’avion, mais susceptible de causer un décrochage. Boeing prétend avoir corrigé ce logiciel, mais Ed Pierson affirme que les problèmes dans les usines sont bien plus graves et loin d’être résolus.
Les événements récents semblent lui donner raison. En janvier 2024, un Boeing 737 Max d’Alaska Airlines a perdu une porte en plein décollage en raison de boulons manquants. D’autres inspections ont révélé des problèmes similaires sur d’autres avions, ce qui a conduit le Congrès des États-Unis à lancer une commission d’enquête. Ed Pierson a témoigné sous serment, et un ancien ingénieur a dénoncé des pratiques d’assemblage douteuses sur d’autres modèles d’avions.
Il est désormais clair que ce n’est pas seulement le 737 Max qui pose problème, mais potentiellement toute la gamme d’avions de Boeing, soit environ 1 400 avions en service.
Cette situation met en lumière les défis auxquels est confronté Boeing, et souligne l’importance de la sécurité et de la qualité dans l’industrie aéronautique.



