Le reportage diffusé sur France 2 jeudi soir met en lumière les conséquences de la recherche constante de productivité au sein de l’enseigne de hard-discount, qui possède pas moins de 800 magasins à travers la France. Les employés de l’entreprise subissent de plein fouet cette pression constante visant à augmenter les performances et les résultats, mettant ainsi en péril leur bien-être au travail.
De nombreux magasins sur le territoire, une cote de popularité au plus haut, des prix cassés : l’enseigne de hard-discount néerlandaise Action a su s’imposer en France. En période d’inflation, ses prix très compétitifs attirent de plus en plus de clients. Mais derrière ce succès indéniable, quels sont les secrets de cette entreprise ?
Pour un numéro intitulé « Action : toujours moins cher, mais à quel prix ? », diffusé le jeudi 12 décembre, les journalistes de l’émission « Complément d’enquête » ont analysé les raisons du succès de l’enseigne, qui compte près de 2 800 magasins en Europe, dont plus de 800 en France.
Pour cela, ils ont rencontré des employés et anciens employés, et ont pu consulter des documents internes et confidentiels. Leur enquête met en lumière la recherche constante d’économies et de productivité, ce qui peut avoir un impact sur les conditions de travail des salariés.
### Des cadences et un temps de travail millimétrés
Une partie de l’enquête se penche sur l’optimisation du temps de travail des salariés pour accroître la productivité. « Complément d’enquête » explique comment les algorithmes aident l’entreprise à gérer le temps de travail des employés, que ce soit dans les entrepôts de livraison ou dans les magasins.
La mise en rayon des produits reçus quotidiennement par les magasins est minutée. Chaque employé doit placer des centaines d’articles dans les rayons en un temps imparti, avant l’ouverture ou en présence des clients, ce qui les oblige à répondre à leurs demandes ou à effectuer d’autres tâches. Ces cadences sont dénoncées par les salariés interrogés, qui rapportent également des témoignages trouvés sur des sites d’emploi de personnes ayant travaillé chez Action.
De son côté, la direction défend une « maîtrise des coûts » et la nécessité d’être « efficace ». Selon Elodie Voslion, directrice des ressources humaines d’Action, les salariés sont soumis à « un rythme normal », mais elle assure que « le responsable magasin doit s’assurer de pouvoir planifier suffisamment de collaborateurs pour avoir un rythme normal. »
« Complément d’enquête » se base également sur un rapport d’un cabinet indépendant remis au Comité social et économique (CSE) d’Action France en février 2023. Ce rapport, issu d’une étude sur la qualité de vie et les conditions de travail chez Action France, souligne une vision très calculatrice du travail et une standardisation des tâches des employés.
### Un turnover très élevé
Des témoignages recueillis par l’émission dénoncent également les méthodes de management utilisées au sein du groupe. Certains évoquent des humiliations, tandis qu’un ancien cadre décrit des pratiques visant à ne pas payer les heures supplémentaires. La direction conteste ces accusations.
Le rapport commandé par le CSE met en garde contre le fort taux de rotation du personnel au sein de l’entreprise. En 2021, le turnover atteignait 54% au niveau national, ce qui signifie que plus de la moitié des effectifs des magasins ont été renouvelés en un an.
Un document interne révélé par « Complément d’enquête » montre qu’en 2023, le taux de turnover dans la région Centre était de 71,4%, soit sept salariés sur dix ayant quitté leur emploi dans l’année. Dans la région Ouest, ce taux devrait approcher les 80% fin 2024 selon les projections.
### « La culture de la prévention avance au sein de l’entreprise »
Les salariés rencontrés par l’émission décrivent une souffrance au travail due à un rythme exigeant parfois en sous-effectif. Certains évoquent des douleurs physiques liées aux charges à porter ou aux cadences. Le rapport du CSE constate le même phénomène, avec un taux d’absentéisme pour maladie, accidents du travail et maladies professionnelles de 11,6% en 2021 chez Action France, contre 5,92% dans le secteur du commerce.
Un autre document interne révèle une augmentation de la cotisation d’accidents du travail et maladies professionnelles à la charge d’Action, passant de 2,37% à 3,60% entre 2021 et 2023, dépassant le taux moyen pour les enseignes similaires. L’inspection du travail s’est inquiétée du nombre d’accidents du travail chez Action France.
Le directeur général d’Action France affirme avoir mis en place des équipements et des formations de prévention pour répondre à ces problèmes. Malgré les critiques, l’enseigne continue de s’imposer sur le marché français grâce à ses prix attractifs et à sa stratégie de hard-discount.




