Hier soir, le musicien soliste originaire de Croatie a entamé sa tournée en France en offrant un concert remarquable. Au programme, un répertoire de Chopin, Sibelius et Schubert interprété avec une précision et une délicatesse remarquables. Nous avons eu le privilège de le suivre tout au long de sa journée de répétition minutieusement planifiée, jusqu’à sa prestation sur scène. Cette immersion nous a permis de découvrir les coulisses de son art et de saisir toute la rigueur et la passion qui animent ce virtuose.
La routine avant un concert de piano
Un jour de concert est toujours spécial pour un pianiste, même pour une légende comme Ivo Pogorelich. Malgré son statut, il suit une routine bien établie pour se préparer à la performance du soir. Comme il le dit lui-même, il se prépare comme un sportif, en suivant un rituel strict comprenant douche, rasage, entraînement au studio, repas de pâtes pour une libération lente d’énergie, sieste, et réchauffement du piano jusqu’au dernier moment.
Ce matin-là, à Paris, le pianiste est accompagné d’une légère pluie et d’un vent frais. Sa tenue colorée, avec un pantalon à carreaux verts et blancs, un polo rouge, une veste en laine, et un bonnet bleu avec un masque chirurgical, attire les regards dans la rue. Mais pour lui, l’important est de rester au chaud pour préserver son corps et sa concentration.
Une tradition technique héritée de Liszt
Dans les embouteillages vers la Philharmonie, Ivo Pogorelich se plonge dans ses pensées, imaginant les rues de Paris il y a un siècle, à l’époque de ses compositeurs préférés. Pour ce soir, il a choisi des œuvres de Chopin, Sibelius et Schubert, des morceaux qu’il interprète avec une passion unique. Sa carrière a connu un tournant dans les années 1980, lui offrant une renommée internationale inattendue.
La technique pianistique d’Ivo Pogorelich remonte à Liszt, transmise par sa femme et professeure de piano Aliza Kezeradze. Après une période de retrait suite au décès d’Aliza en 1996, il revient sur le devant de la scène avec une exigence et une perfection sonore qui déconcertent certains critiques mais séduisent d’autres, comme Martha Argerich.
La qualité, la couleur et l’intensité du son
Arrivé à la Philharmonie, Ivo Pogorelich découvre le piano Steinway qui l’accompagnera pour le concert. Son producteur le décrit comme l’un des rares pianistes à maîtriser la qualité, la couleur et l’intensité du son, des caractéristiques essentielles pour un véritable virtuose. Dans l’effervescence des préparatifs, l’artiste plonge dans sa bulle, se concentrant sur le toucher du clavier, cherchant à apprivoiser chaque note.
Pendant la répétition de l’Orchestre de Paris sur scène, Ivo Pogorelich observe la salle avec une certaine intimité qui le touche. Il apprécie le lien étroit entre le public et la scène, une caractéristique rare dans une salle de cette envergure. Pour lui, c’est un privilège de jouer dans un tel lieu où la qualité des concerts est au rendez-vous.
Un festival de cristal
Le concert commence, et dès que ses doigts effleurent le clavier, un festival de son cristallin envahit la salle. Sa manière douce et lente d’interpréter les morceaux de Chopin et de Schubert transporte le public dans un univers de délicatesse et de magie musicale. Après le concert, dans sa loge, il retrouve son calme avant de revenir avec un sourire radieux pour remercier son public.
Ivo Pogorelich, virtuose au bonnet bleu, a offert une performance exceptionnelle ce soir-là, suscitant l’admiration et l’émerveillement de tous les spectateurs présents.




