Jusqu’aux années 1990, les bananeraies des Antilles utilisaient couramment des pesticides qui étaient interdits aux États-Unis depuis 1975. Selon Santé publique France, plus de 90% des adultes en Guadeloupe et en Martinique sont contaminés. Ces populations affichent l’un des taux d’incidence de cancer de la prostate les plus élevés au monde.
En Guadeloupe, des travailleurs agricoles réclament réparation après des années d’exposition aux pesticides dans les plantations de bananes. Dans le sud-ouest de la Guadeloupe, à Capesterre-Belle-Eau, Elin Jaffard, âgé de 58 ans, a travaillé dans la plantation de bananes de Blondinière de 1988 à 2018. Lui et ses collègues utilisaient des pesticides dangereux tels que le curlone-chlordécone sans protection adéquate, ce qui a eu des conséquences néfastes sur leur santé.
Elin se rappelle avoir manipulé ces produits toxiques à mains nues, ce qui lui a causé des problèmes de santé graves. Il évoque également l’avion Cessna qui pulvérisait du chlordécone sur les champs pendant qu’eux travaillaient à côté, inhalant les pesticides nocifs. Ces conditions de travail ont entraîné des maladies chez de nombreux travailleurs, dont des cancers.
Elin a perdu plusieurs membres de sa famille à cause de ces maladies. Malgré la reconnaissance de sa maladie comme professionnelle, il a dû attendre longtemps pour recevoir des indemnités. De nombreux anciens ouvriers de banane malades ont le droit à des compensations depuis 2020, mais peu ont entamé les démarches nécessaires. La région détient le taux le plus élevé de cancer de la prostate au monde, mais seuls quelques travailleurs ont été indemnisés jusqu’à présent.
Tiburce Cléon, qui a travaillé dans une autre plantation de bananes, a également souffert de graves problèmes de santé liés à l’exposition aux pesticides. Il témoigne des difficultés à obtenir réparation et souligne le manque de soutien des autorités publiques. Des associations comme la CGT et Phyto-victimes tentent d’aider les travailleurs à faire valoir leurs droits, mais les indemnisations restent insuffisantes.
Une loi reconnaissant la responsabilité de l’État dans ce scandale sanitaire est en attente d’approbation au Sénat. Elle vise à indemniser les victimes du chlordécone aux Antilles. Cependant, le chemin vers la réparation complète reste long et difficile pour de nombreux travailleurs touchés par ce drame.




