Abdellah Taïa : Le Bastion des larmes, prix Décembre 2024

"Le Bastion des larmes" d'Abdellah Taïa, prix Décembre 2024 : l'impossible chemin du pardon
          L'écrivain marocain, prix de Flore 2010 pour "Le Jour du roi", revient solder les comptes d'une enfance meurtrie dans le Maroc des années 1980. Un roman déchirant sur la violence d'une société où l'homosexualité demeure pénalement répréhensible.

En 2010, l’écrivain marocain a remporté le prestigieux prix de Flore pour son œuvre intitulée « Le Jour du roi ». Dans ce roman, il revient sur les traumatismes de son enfance au Maroc dans les années 1980. Il dépeint une société marquée par la violence, où l’homosexualité est encore considérée comme un crime passible de sanctions pénales. Ce livre a été salué par la critique et est actuellement en lice pour plusieurs prix littéraires.

Abdellah Taïa, écrivain et figure marquante de la communauté LGBTQ+ marocaine, a publié son onzième roman, intitulé « Le Bastion des larmes », aux éditions Julliard en août 2024. Dans ce récit, il explore les thèmes de la vengeance et du pardon, tout en mettant en lumière son engagement en assumant ouvertement son homosexualité. Son roman est en lice pour des prix littéraires prestigieux tels que le Goncourt, le Médicis et le prix Décembre.

L’histoire se déroule autour de Youssef, un jeune professeur marocain exilé en France, qui retourne à Salé, près de Rabat, après la mort de sa mère pour vendre l’appartement familial. Il retrouve ses six sœurs et son quartier d’enfance, où ressurgissent les souvenirs du passé, notamment celui de son ancien amant Najib. Youssef se confronte à son passé d’enfant abusé et tente de trouver un équilibre entre vengeance et pardon, malgré l’amour inconditionnel qu’il porte à sa famille.

Abdellah Taïa souhaitait initialement écrire sur ses sœurs, véritables héroïnes de sa vie, et sur l’impact qu’elles ont eu sur lui. Ces sœurs, fortes et indépendantes, ont façonné sa personnalité et son rapport au monde. Cependant, malgré l’amour qu’elles lui portent, elles peinent à accepter la différence de Youssef et à reconnaître les violences subies dans leur enfance. Le roman explore les liens familiaux complexes et les questionnements identitaires du narrateur.

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En parallèle, le roman aborde des thématiques politiques, dénonçant l’hypocrisie d’une société marocaine schizophrène, qui érige des lois tout en les bafouant. Abdellah Taïa pointe du doigt les injustices et les tabous de la société, rappelant que les marginaux et les opprimés restent souvent invisibles aux yeux de tous.

À travers « Le Bastion des larmes », Abdellah Taïa offre un récit poignant et lumineux, mêlant introspection, critique sociale et quête d’identité. Le roman, empreint de nostalgie et de colère, interroge sur la possibilité de guérison des traumatismes de l’enfance et sur la quête de liberté individuelle au sein d’une société répressive.

Lors de sa présentation à la Maison de la poésie à Paris, Abdellah Taïa a souligné l’importance de l’écriture comme moyen de déposer ses vérités et ses tourments, permettant ainsi de se libérer de ses démons intérieurs. « Le Bastion des larmes » est un roman puissant et bouleversant, qui invite le lecteur à réfléchir sur les liens familiaux, l’acceptation de soi et la résilience face aux épreuves de la vie.

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